lundi 26 septembre 2011

PRIMAIRE SOCIALISTE : SIX PERSONNAGES EN PANNE D’AUTEUR


« Rodée depuis plus d’un siècle aux Etats-Unis, la formule de la primaire est une bonne idée. La droite devra y venir elle-même en 2017, quand il faudra choisir un candidat présidentiel entre plusieurs jeunes talents aux ambitions également légitimes. S’abandonner au verdict douteux des sondages, corrigé par les mœurs ottomanes du poison, du couteau, de la calomnie, de la trahison et du clientélisme ne correspond plus aux exigences de démocratie participative de notre temps : aux électeurs de chaque famille politique de choisir eux-mêmes le candidat qui portera leurs couleurs !

Le premier débat télévisé entre les six candidats socialistes montre pourtant combien l’exercice est encore très étranger à notre culture nationale. Voilà sur le plateau, six membres d’une même famille, soudainement placés sous le regard des Français, et visiblement obsédés par la volonté commune de cacher le linge sale qu’il ne faut laver qu’entre soi. S’en tenant, pour l’essentiel, à l’exégèse de la pauvre bible commune : le projet socialiste. Un texte adopté il y a quelques mois – c’est-à-dire un siècle : avant le retour de la crise aiguë de la dette, qui périme tous les plans à long terme antérieurs.

Nous avons ainsi assisté à un huis clos, une pièce de théâtre dont les acteurs rabâchaient les mantras de leurs grands pères, effrayés à l’idée d’affronter un monde radicalement nouveau avec des idées neuves. Les vils banquiers sont responsables de la crise, il faut les « mettre au pas ». Si les prix montent, on les bloquera. Si les jeunes sont au chômage, l’Etat subventionnera leur emploi. Soucieux d’essayer de faire apparaître des nuances, fût-ce infimes, entre ces docteurs de la vieille foi, les journalistes n’ont finalement pas posé les vraies questions auxquelles sera confronté l’élu(e) de 2012 : comment réduire massivement les dépenses, et quels impôts faudra-t-il aussi augmenter ? Chut ! Quel prix de l’électricité est-on prêt à accepter en contrepartie de la réduction du nucléaire ? Chut ! Comment pouvons-nous redevenir compétitifs en continuant de nous pénaliser nous-mêmes sur le coût du travail (les 35 heures), et en projetant de le faire aussi sur le coût de l’énergie (le renouvelable, c’est plus propre mais beaucoup plus cher) ? Chut ! La crise de la dette, les dérives financières, l’immigration, l’énergie et même la défense sont désormais des sujets qui ne peuvent être traités efficacement qu’au niveau européen : comment la France agit-elle, avec qui, pour mettre l’Europe en mesure d’agir ? Chut ! Le « gouvernement économique européen » se met en place, mais quel est le progrès si ses membres ne sont pas en mesure de faire appliquer chez eux les engagements qu’ils prennent à Bruxelles ? Chut ! Jean-Paul Sartre assumait ses mensonges sur l’échec du communisme pour ne pas « désespérer Billancourt », la forteresse ouvrière de l’époque. Hier soir, il ne fallait pas désespérer Solferino, tous ces militants que bercent encore les rêves roses de 1936 et 1981.

Sur ce plateau somnambulaire, il s’est quand même trouvé quelqu’un pour oser affronter les problèmes de sa génération, sans rien cacher de la dure vérité du moment. Hélas, ce faisant, le courageux Manuel Valls s’est condamné à rester marginal dans un parti désormais enfermé dans sa surenchère orthodoxe. L’homme a pris date pour l’avenir. Mais il est clair que cet avenir ne passe pas par le PS qui était hier soir sous les projecteurs.

D’ici mai prochain, la route sera longue, et pleine de rebondissements. Mais le vainqueur du premier round des primaires socialistes est un certain Nicolas Sarkozy. »

Alain LAMASSOURE

Député européen - Conseiller régional d'Aquitaine